Le 9 avril 2012, lundi de Pâques, une
bonne trentaine de membres de l'association Don Gregorio Salvini
s'était donnée rendez-vous sur la place de l'église. Nous étions
convenus de faire ensemble la traditionnelle merendella
pascale.
Le
temps était gris et même piuvicinava di tantu in tantu.
Nous étions indécis, nous nous
sommes concertés et nous avons, finalement, décidé de faire
confiance à cette douteuse météo.
Les sacs à dos bien remplis, bien lourds,
nous nous sommes mis en marche en direction du fiume de Nessa.
Fiume est un bien grand mot pour désigner le torrent qui creuse la
montagne entre notre village et Feliceto, d'autant plus que cette
année, l'étiage est très bas en raison de la sécheresse.
Nous avons emprunté le chemin
qu'a restauré Laurent, un jeune homme du village, avec entrain. Ce
chemin était devenu impraticable car laissé à l'abandon. Seuls les
ados, en été, pour aller se baigner, et, sans doute, les vaches
l'empruntaient encore ! Il est redevenu agréable grâce à la
gentillesse et au courage, car il en fallait pour démaquiser et
remblayer les énormes rigoles creusées par les anciennes pluies, de
Laurent, ce nouveau résidant.
Après une randonnée que les pros
qualifieront de "petite", mais qui demanda des efforts non
négligeables aux plus anciens d'entre nous, nous sommes arrivés sur
la berge du torrent. Que d'émotion à ce moment précis. Beaucoup
n'avaient plus revu cet endroit depuis plusieurs dizaines d'années.
Josette se rappelait que, petite fille, elle venait avec sa maman
laver dans l'eau claire du fiume, la laine des moutons. Lazare
retrouvait la vigne de son grand-père et le plaqueminier d'un
autre. Roland se souvenait qu'il venait, enfant, le soir, avec son
papa poser des lignes et que le matin, tous les deux revenaient
ramasser les anguilles qui s'étaient laissées prendre... O tempora
! o mores ! Comme le temps passe et comme la vie a changé...
Nous nous sommes installés comme
nous l'avons pu sur la pente assez raide. Nous avons mangé, bu,
parlé, ri et chanté. Je me suis demandée depuis combien de temps
cette austère montagne n'avait pas résonné des paghielle dont nous
ont régalé des confrères. Si la montagne pouvait parler, que ne
nous dirait-elle pas ? Quel secret ? Quelles traditions se cachent
derrière ces murets de la main de l'homme si hauts perchés ?
Bref, le soleil n'a pas daigné
se montrer, mais nous l'avions dans nos coeurs. Ces moments
d'échange en un endroit aussi magique sont autant de trésors que
nous nous devons d'emmagasiner pour rendre notre vie belle. Plus
belle la vie !
A l'année prochaine, s'Iddio vole
!